Allocution prononcée lors de la manifestation                                                                  
du 18 mars 2008                                                                  




André Drolet
Président
Circuit régional des courses de chevaux


J'AI UN AMOUR QUI NE VEUT PAS MOURIR ET C'EST MA RAISON D'AIMER LA VIE

Mes amis,

Ces paroles d'une chanson interprétée par Renée Martel me semblent appropriées par les temps qui courent. Encore une fois, l'industrie des courses est confrontée à des problèmes de financement qui non seulement handicapent son développement mais sont même de nature à mettre sa survie en péril. Depuis 2004, en effet, l'industrie a vécu une période de turbulences et de tribulations constantes jusqu'à ce que le Gouvernement du Québec prenne la décision de confier la gouvernance à l'entreprise privée.

Cette décision s'accompagnait d'une garantie de revenus, pour une période d'au moins quinze ans, alors qu'avec l'intervention de Loto-Québec, le nombre d'appareils loterie-vidéo était augmenté dans les hippodromes, passant de quelque 450 à 1 900.

Aujourd'hui, Attractions Hippiques a un problème de liquidité immédiat (semble-t-il) et prévoit des problèmes de financement à moyen et long terme. Les associations du milieu des courses ne sont pas dupes. Notre intervention d'aujourd'hui est de nature à soutenir ses récriminations auprès de Loto-Québec. Mais le sort et la survie de l'industrie des courses sont directement et intimement reliés à la réussite d'Attractions Hippiques. Et en ce sens, nous nous devons d'intervenir.

Nous ne le faisons pas pour le salut d'Attractions Hippiques comme tel. Nous le faisons parce que notre salut est lié à celui d'Attractions Hippiques. Nous le faisons parce que nous avons un amour qui ne veut pas mourir.

A ce jour, il reste encore 1 100 ALV à déployer; ils sont prévus être installés dans le nouvel hippodrome, situé dans la couronne nord de la métropole. Non seulement, deux ans après l'entrée en scène du promoteur privé, Attractions Hippiques, cet hippodrome n'est pas en opération mais on ne sait même pas à quel endroit cet hippodrome sera érigé. Là non plus, les revenus ne sont pas au rendez-vous, on le comprendra…

Les gens de chevaux ont un amour qui ne veut pas mourir. Et cet amour, c'est celui de leur métier, c'est celui de l'animal qu'ils côtoient à tous les jours, le cheval que l'on a toujours identifié comme la plus noble conquête de l'homme. Pour ceux qui assistent à cette rencontre, les membres de l'assemblée nationale, les représentants des média, sachez ce que veut dire une réunion comme celle de ce matin. Des gens nous viennent de plusieurs régions du Québec : Gaspésie, Bas-St-Laurent, Capitale Nationale, Estrie, Charlevoix, Montérégie, Lanaudière, Laurentides, Mauricie, Outaouais.

Pour être ici ce matin, la plupart de ces gens ont dû consacrer un effort considérable. Les manifestants, en général, prennent des jours de congé ou de vacances pour venir à Québec : pas les gens de chevaux. Il leur a fallu, avant le lever du soleil, s'occuper de leurs pensionnaires et faire un trajet qui leur a pris plusieurs heures. Et ils n'auront pas le choix de repartir très tôt car ils devront encore s'occuper de leurs protégés au retour à la maison.

Les gens de chevaux ont un amour qui ne veut pas mourir. C'est la raison pour laquelle ils ont toujours et continuent d'accepter des compromis. C'est ainsi qu'ils ont convenu avec Attractions hippiques de réduire le montant des bourses garanties par l'entente de privatisation pour les deux premières années. Ces réductions sont de 2 millions de dollars pour la première année et de 4 millions de dollars pour la deuxième année; ces sommes sont mises en réserve pour garantir un niveau acceptable de bourses au cours de la troisième année puisque l'on sait fort bien qu'avec le retard de la construction du nouvel hippodrome de la région métropolitaine, les revenus des ALV seront insuffisants pour maintenir le niveau des bourses.

En surplus, Attractions Hippiques a fait part aux organisations que les revenus actuels tirés des ALV sont inférieurs, de manière significative, à ceux escomptés même en tenant compte du fait qu'il s'agit d'une période de rodage.
Point n'est besoin d'être devin pour comprendre la situation : une simple visite dans les deux ludoplex de Québec et Trois-Rivières nous fournit confirmation d'un problème.

Attractions Hippiques a pris la décision de modifier son programme d'activités en réduisant le nombre de programmes sur chacun des hippodromes tant en abaissant le niveau des bourses de 15% pour les courses qui seront tenues. Ces restrictions doivent durer trois mois.

Conformément aux dispositions du contrat, cette décision est légitime de la part d'Attractions Hippiques en autant que le montant total des bourses (24 000 000$) soit attribué d'ici le 30 novembre 2008. Même si le total y est, la situation n'est pas sans inconvénient. Illustrons la situation de la manière suivante : si vous êtes employé, seriez-vous heureux si votre employeur vous disait qu'il ne vous verse pas de salaires (ou le réduit) pour une période de 90 jours en vous affirmant gentiment que votre salaire manquant vous sera remis quelque part dans les six mois suivants.

Comprenons-nous bien : les gens de chevaux ont des obligations comme tous les autres travailleurs, autonomes ou salariés. L'industrie des courses donne un revenu à quelque 3 000 travailleurs à temps complet. L'industrie des courses a des retombées importantes car, en plus, elles requiert les services de nombreux fournisseurs : vendeurs d'équipement, production de foin ou d'alimentation, forgerons, vétérinaires. Toutes ces personnes payent des taxes et les personnes qui oeuvrent dans l'industrie ou interviennent en périphérie ont à supporter des familles.

Nous sommes aujourd'hui en position d'exiger que tous les intervenants fassent leur part comme nous l'avons faite depuis de nombreuses années en accumulant des pertes liées à l'inadéquation entre nos débourses et nos revenus.

Aujourd'hui, tous les gens de chevaux sont perdants. Ceux qui sont les acteurs des courses ( propriétaires, entraîneurs, conducteurs) se voient contraints de vivoter encore quelques mois après avoir vivoté durant plus d'un an pour certains en raison des délais sans cesse allongés lors de la rénovation des hippodromes de Québec et de Trois-Rivières.

Un autre groupe est directement et très sévèrement touché : les éleveurs de chevaux standardbred. Il serait trop long d'expliquer ici à nos invités qui ne sont pas de l'industrie tous les rouages de l'élevage à partir de l'accouplement jusqu'à la mise en vente des rejetons lors des encans. Ce qu'il faut retenir c'est qu'en matière d'élevage comme en matière de lancement de navette spatiale, il existe annuellement une " fenêtre obligatoire " et cette fenêtre se situe entre le 15 février et le 1er juin . Les annonces des deux dernières semaines ont déjà eu leur effet : les conventions pour les accouplements qui devraient se chiffrer par centaines ne dépassent pas quelques dizaines. Certains propriétaires ont même offert de se départir de leur jument poulinière gestante pour 1$ avec comme bonus le rejeton qui doit venir au monde dans les prochaines semaines. Le terme à utiliser dans les circonstances : désastre et catastrophe. Bien pire, désastre et catastrophe irrécupérables, pour cette année du moins.

Nous avons ici une jument poulinière avec son rejeton : ce rejeton né en 2008 doit normalement courir en 2010. Quel est son avenir ? Y aura-t-il encore suffisamment de revenus pour offrir des bourses d'un niveau permettant de rentabiliser l'achat de ce rejeton lors de l'encan de l'automne 2009.

Pour ceux qui ne sont pas familiers, comprenons simplement que d'ici le mois de juin 2010, le rejeton que vous voyez ici aura coûté au moins 20 000$ d'achat, d'entretien et d'entraînement. Si vous discutez avec plusieurs gens de chevaux qui sont ici, ceux-ci vous diront que je suis conservateur pour ne pas employer un autre terme.

Il faut que les revenus soient à la hauteur des prévisions et pour cela, il faut que Loto-Québec ré-évalue son implication dans les Ludoplex. Depuis le temps que l'on nous répète sur tous les tons que notre société des loteries détient une expertise reconnue mondialement, nous disons à Loto-Québec : moins de paroles et plus d'action. Nous n'avons pas à vous dire quoi faire ni comment faire : nous ne vous demandons pas de venir nous dire comment entraîner nos chevaux , ne nous demandez pas de vous dire comment gérer vos Ludoplex. Mais nous quand les résultats ne sont pas là, on fait des changements et on trouve les bons..

Et nous ne voulons pas de tergiversations : ne nous dites pas que vous avez des contraintes d'ordre réglementaire. Si l'intervention du Gouvernement est nécessaire, il vous faut la requérir.

Puisque nous avons prononcé son nom, dirigeons maintenant le réflecteur sur le Gouvernement. Il serait trop facile pour nous d'oublier qu'il a une très grande part de responsabilité dans la situation actuelle. Ce n'est pas l'industrie qui a demandé la privatisation au départ. Certes, l'industrie a suivi le mouvement quand il est devenu clair que le Gouvernement ne voulait même pas discuter d'autres possibilités.

Nous avions alors bien compris qu'il s'engageait à faire tous les efforts pour que cette privatisation soit la solution aux problèmes qu'avait vécues l'industrie à de multiples reprises au cours des 15 dernières années.
Le Gouvernement, par son ministre des Finances d'alors M. Michel Audet, nous affirmait et réaffirmait avec force que, par cette privatisation, il allait assurer non seulement la survie mais la relance et le développement de cette industrie qu'il nous disait considérer comme importante même au strict plan économique.

Nous n'avions pas été interpellés au départ et nous avons à peine été consultés par le Comité qualifié d'indépendant à qui le Gouvernement avait confié le mandat d'établir les paramètres d'appel d'offres, de faire l'analyse des propositions obtenues et de faire une recommandation pour le choix d'un acquéreur à qui serait dévolue la gouvernance de l'industrie.

Nous aurions à ce moment-ci des motifs de soulever certaines questions de fonctionnement et d'éthique de ce Comité. Contentons-nous de dire que le Vérificateur général du Québec a abordé cette question, tout en demeurant en surface, dans un rapport spécifique produit à l'Assemblée Nationale. A ce sujet, vous nous permettrez de demeurer perplexe.

L'un des éléments primordiaux accompagnant la privatisation était la mise en place d'un Conseil de l'industrie des courses au Québec. Cet organisme, selon les promesses qui nous avaient été faites, devait prendre le relais de la Société nationale du cheval de courses du Québec. Cette promesse était enrobée d'un délai de réalisation qui, bien que non déterminé en terme de date après le 1er décembre 2006, ne devait pas dépasser quelques mois. Nous sommes maintenant en mars 2008, soit 15 mois plus tard : encore rien, absolument rien, moins que rien.

Le président de la SONACC à qui le Gouvernement a confié le mandat de soumettre un plan et un concept pour ce Conseil de l'industrie nous reporte de mois en semaine et de semaine en mois. Les organismes du milieu (ATAQ, SPECSQ et Circuit régional) ont rencontré les membres du Conseil d'administration de la Sonacc à deux reprises. Dans certains cas, les documents présentés avaient suffisamment de contenu pour permettre à un juriste de définir en quelques jours ce Conseil de l'industrie : ses objectifs, ses pouvoirs, son financement, sa composition.

Tout ce que l'on sait présentement, c'est que ce Conseil de l'industrie serait de nature consultative et rien ne nous laisse croire que les organismes du milieu en seront partie prenante. Dans tous les interventions produites par la Sonacc, ancienne version, et les organisme du milieu, le même message était sans repris et répété . Ce conseil devait avoir la responsabilité de veiller au respect de l'entente avec Attraction Hippiques. Il devait également être le lieu de décision pour la définition des programmes destinés à l'émergence du produit québécois en matière d'élevage et devait enfin superviser les activités du Circuit régional.

Avec le délai important et inacceptable encouru, l'une des responsabilités qui devaient échoir à ce Conseil a été récupérée par Attractions Hippiques : celle de déterminer les programmes destinés à la promotion de l'élevage.

Le Québec fait donc école et nous sommes vraiment une société distincte. Il y a quelques années, le Gouvernement se targuait de dire : Québec sait faire. Dans le domaine des courses, on pourrait presque dire que Québec a su mal faire. Québec est la seule juridiction, non seulement au Canada, non seulement en Amérique du Nord mais dans le monde entier qui confie ce type de programmes à l'entreprise privée.

La situation a trop longtemps duré. Nous sommes des Québecois et Québécoises et nous participons nous aussi à l'économie du Québec. Nous sommes pleinement en droit d'exiger maintenant un minimum de respect et de mettre en demeure le Gouvernement d'intervenir.

Et nous voulons que son intervention soit double. D'abord, : émettre les directives appropriés pour que Loto-Québec trouve des solutions à sa piètre performance dans les deux Ludoplex . Ensuite mettre en place le Conseil de l'industrie. Les organismes sont encore une fois disponibles et disposés à discuter de cette question avec le Gouvernement.

Mais nous voulons des résultats et, à ce stade-ci, nous voulons que le Premier Ministre du Québec lui-même participe à la discussion. C'est la raison pour laquelle nous demandons une rencontre avec le Premier Ministre dans les prochains jours ou les prochaines semaines.

Nous voulons répéter, surtout à l'attention du Premier Ministre que, malgré les déboires, les incertitudes, malgré nos attentes perpétuellement déçues,

NOUS, LES GENS DE CHEVAUX, AVONS UN AMOUR QUI NE VEUT PAS MOURIR.

C'est maintenant le temps que le Gouvernement du Québec et, à sa suite, Loto-Québec et Atttractions Hippiques posent tous les gestes qui nous donneront encore RAISON D'AIMER LA VIE et de croire à la survie de notre industrie qui donne du travail à des milliers de personnes au Québec.

Merci,

André Drolet
Président
Circuit régional des courses de chevaux