Lettre au premier ministre

Québec, le 27 mars 2008


Monsieur Jean Charest
Premier ministre du Québec
Édifice Honoré-Mercier, 3ième étage
835, boulevard René-Lévesque Est
Québec, (Québec)
G1A 1B4, Canada

Sujet : Demande de rencontre avec les représentants de l'industrie du cheval de course
Dossier : Situation de l'industrie et résultat de la privatisation des hippodromes

Monsieur le premier ministre,

L'industrie du cheval de course est, encore une fois, dans une situation précaire.

Nous sollicitons une rencontre avec vous dans les meilleurs délais puisque le gouvernement du Québec est le seul capable d'agir.

Cependant, soyez rassuré, nous ne souhaitons pas une aide supplémentaire de l'état ni la réouverture de l'entente de privatisation conclue par votre gouvernement avec le mandataire Attractions Hippiques.

Ce que nous souhaitons toutefois, c'est que le plan de relance promis par votre gouvernement soit réalisé dans les meilleurs délais ainsi que les engagements pris, dans ce cadre, par le mandataire, Attractions Hippiques.

État de la situation

Lors de l'annonce de la privatisation des hippodromes, le ministre des finances d'alors, monsieur Michel Audet, affirmait que le plan de relance comportait des investissements importants devant assurer la modernisation et le redéploiement de l'industrie.

Selon le ministre, le mandataire, Attractions Hippiques du Québec, allait investir 280 millions$ sur 5 ans pour relancer l'industrie et Loto-Québec investirait 220 millions$ pour l'implantation de 4 salons de jeu dont trois qui seraient connexes aux hippodromes de Montréal, Trois-Rivières et Québec. Le quatrième serait situé à Mont-Tremblant.

L'hippodrome de Montréal, quant à lui, faisait l'objet d'une clause particulière stipulant qu'il devait être relocalisé sur la couronne nord de Montréal.

Il devait y avoir une aide à l'élevage et la mise en place du Conseil de l'industrie qui devait réunir les représentants des groupes d'intérêts reliés à l'industrie, des propriétaires jusqu'aux palefreniers.

Ce plan de relance était prometteur et tout le monde était enthousiaste. Ceux et celles qui étaient sceptiques ne demandaient pas mieux que de laisser la chance aux coureurs.


Aujourd'hui, la réalité est tout autre.

La première année du plan de relance a été plus que difficile pour le monde des courses.

Les hippodromes de Québec et de Trois-Rivières n'ont pas eu de saison complète en 2007 puisqu'il fallait moderniser ces hippodromes. C'était une bonne raison, bien sûr, mais le fait est que les gens de l'industrie ont eu moins de revenus cette année là.

L'année 2008, la deuxième année du plan de relance mais la première vraie saison de course de la nouvelle ère, ne s'annonce pas plus prometteuse. Voilà qu'au début de l'année, le mandataire, Attractions Hippiques du Québec, annonce une réduction des programmes de courses de 40% et une réduction de la valeur des bourses offertes de 15%.

Tout un plan de relance et de revitalisation !

La raison invoquée par le mandataire est que les salons de jeuxi adjacents aux hippodromes, les Ludoplex de Trois-Rivières et de Québec, n'ont pas l'achalandage anticipé par le plan d'affaire de Loto-Québec. Ils ont un achalandage qui se situe aux environs de 50% des prévisions.

D'autre part, et c'est ce qui est le plus inquiétant, il y a des éléments importants du plan de relance dont la réalisation est reportée à plus tard, sans dates précises de réalisation. Il est de notoriété publique que l'hippodrome de Montréal n'est pas relocalisé et ne le sera pas bientôt.

Enfin, le gouvernement n'a pas réalisé ses engagements de mettre en place le Conseil de l'industrie et de fournir de l'aide à l'élevage. Nous ne voyons pas, non plus, quand il le fera. Il n'a établi d'échéancier là-dessus.

Un constat évident.

Il est facile de conclure que le plan de relance de l'industrie n'a pas donné, à ce jour, les résultats escomptés et que les autres éléments du plan sont reportés constamment au point qu'il est plausible de penser qu'ils pourraient, probablement, n'être jamais réalisés.

L'urgence de réagir à la situation.

À notre avis, monsieur le premier ministre, il est temps, et urgent, que quelqu'un demande des comptes, évalue la situation et recommande au gouvernement, au mandataire et à la société Loto-Québec, de prendre les décisions qui s'imposent.

Il est probable que la solution se trouve à l'intérieur des paramètres de l'entente et que tout puisse se faire par des réaménagements du plan de réalisation et des échéanciers.

Le temps de réalisation du plan de relance est devenu un facteur critique de succès. Après des années de vache maigre et d'errance de la part des autorités, l'industrie n'a plus de temps devant elle.

Le gouvernement devrait s'assurer que Loto-Québec ait des incitatifs pour accélérer la réalisation du plan de relance. La société d'état devrait être contrainte de mettre en place, immédiatement, un fonds de compensation et de transition du niveau des bourses. Cela inciterait les dirigeants de ladite société d'état à accélérer le temps d'implantation et de réalisation de ces deux éléments. Il s'agit d'une sorte de clause de pénalité ou de prime de motivation à respecter les engagements.

Ce fonds de transition devrait obliger Loto-Québec à avancer à l'industrie, dès maintenant, les sommes équivalentes aux revenus des 1900 ALV(appareils de loterie-vidéo). Ce fonds serait dégressif en fonction des revenus générés par les ALV installés.

Tout cela, nous en sommes persuadés, peut se faire à l'intérieur des paramètres de l'entente.

Le Conseil de l'industrie et l'aide à l'élevage doivent, également, être mis en place sans délais.

Une demande réaliste

Monsieur le premier ministre, notre demande de rencontre est fondée sur l'espoir qu'il y a quelque chose à faire et que vous, seul, pouvez faire la différence.

Certaines associations ont déjà sollicité des rencontres avec la ministre des finances de votre gouvernement, madame Monique Jérôme-Forget, qui a succédé à monsieur Michel Audet. Elle n'a malheureusement jamais accordé un rendez-vous. Elle n'est pas non plus venue nous rencontrer lors de la manifestation que nous avons faite devant l'Assemblée nationale, le 18 mars dernier. Nous en sommes très déçus.

Elle répond à nos demandes, avant même d'avoir entendu ce que nous avons à dire. Elle répète, sans cesse, qu'il n'est pas question d'une aide supplémentaire de l'état à l'industrie des courses de chevaux et qu'il n'est pas question de rouvrir l'entente.

Dites-lui, de grâce… que nous sommes d'accord avec elle sur ces paramètres et sur ces principes.

Nous déplorons son attitude car celle-ci ne permet pas de discussions franches, objectives et constructives. En plus, elle répète des clichés qui lui sont certainement suggérés par ses conseillers. Elle a même affirmé lors de la période de questions que les gens ne venaient pas aux courses de chevaux et qu'il fallait bien en prendre acte, tôt ou tard. Ceci est faux et nous aimerions simplement qu'elle prenne le temps de nous écouter.

Les courses de chevaux constituent un divertissement intéressant et populaire au Canada (entre-autres à Toronto), aux États-Unis et en Europe. Les gens feront preuve du même intérêt ici, au Québec, lorsque nous aurons réalisé le plan de relance proposé par le gouvernement.

Ce n'est malheureusement pas le cas actuellement et cela explique le manque d'achalandage dans nos hippodromes.

En conclusion.

Les représentants de l'industrie des courses de chevaux et de l'élevage sollicitent une rencontre avec vous dans les meilleurs délais.

Soyez assuré, monsieur le premier ministre, de notre plus haute considération et veuillez agréer l'expression de nos sentiments les meilleurs.

André Drolet, président
Circuit régional des courses de chevaux du Québec
et porte-parole de l'industrie

Pour et au nom également de :

M. Michel St-Louis, président, Association Trot et Amble du Québec
M. Pierre Guillemette, président sortant, Standardbred Canada
M. Alain Vallières, président, Société des propriétaires et éleveurs de chevaux standardbred du Québec